Data centers : un levier pour la transition énergétique ?

On parle du compteur vert, et on oublie la rallonge branchée derrière le mur
Dans la dernière opinion de Steven Claes, CEO d’EY Belgium, dans l’Echo, on peut lire que les data centers seraient un levier pour la transition énergétique parce qu’ils peuvent financer des parcs éoliens ou solaires via des contrats long terme.
➡️ Mais peut-on réellement annoncer que les data centers sont un levier de la transition ?
Un data center, pour garantir à ses clients un uptime de 99.9%+, ce qui est la norme actuellement, doit être alimenté 24h/24, 7j/7, sans interruption.
Or l’éolien et le solaire produisent quand la météo le décide.
Dire que les data centers sont un levier pour les renouvelables sans parler de ce qui garantit l’électricité quand ils ne produisent pas, c’est regarder le compteur vert… et oublier la rallonge branchée derrière le mur.
Derrière le mur, quand le vent ne souffle pas ou le soleil ne brille pas, on retrouve :
- 🏭 des centrales pilotables (fossiles) qui tournent à plein régime,
- ❌ des arbitrages au détriment d’autres usages et de la décarbonation de ces secteurs (industrie, mobilité, logement)
- ⚡ un réseau d'électricité surdimensionné pour répondre à la demande potentielle des datacenters
- 🔋 de nouvelles infrastructures nécessaires pour le stockage (batteries)
- 🔌 une dépendance plus forte aux importations d'électricité et de gaz
Le Financial Times recense, au total, 85 installations de production d’électricité au gaz fossile qui sont en développement dans le monde pour les centres de données !
Dans l’article de l’Echo, on parle également flexibilité, récupération de chaleur, et optimisation par l’IA. Bien que toutes ces innovations soient intéressantes et nécessaires, elle servent plutôt un argumentaire marketing/business pour légitimer l'implémentation de centres de données. Mais face à une consommation qui pourrait tripler d’ici 2035, ce sont des ajustements mineurs, pas une solution structurelle.
Autrement dit :
On peut aider à financer des capacités renouvelables, mais on augmente aussi le besoin en capacités annexes (souvent fossiles).
Plutôt que d’ignorer ce point, il nous faut faire des choix sur l’usage de notre électricité pour planifier la décarbonation localement.
La vraie question n’est pas comment verdir les data centers, mais :
- combien en construire et où,
- pour quels usages,
- dans quelles limites énergétiques.
Sur ce point, la publication récente du Shift Project sur l’IA et le numérique est une lecture nécessaire. Elle remet les ordres de grandeur, les contraintes physiques et la sobriété au centre d’un débat nécessaire qui nous concerne toutes et tous, entreprises, citoyens et citoyennes.
Steven Claes, nous serions ravis d’en discuter aussi avec vous 😊
image: un data center à Quincy (Karen Ducey / The Seattle Times)
Annexe
Le rapport du Shift Project Intelligence artificielle, quelles infrastructures dans un monde décarboné ?
Lire l'article d'opinion dans l'Echo : La Belgique, futur hub européen des data centers... si elle maîtrise son énergie
