Production de plastique sans fossile : pourquoi Vioneo délocalise en Chine

A Anvers, un projet de plastique sans fossile délocalisé en Chine : décryptage
L’entreprise danoise Vioneo a annoncé le 16 Janvier renoncer à la construction d’une usine de plastique non fossile au port d’Anvers. L’entreprise investira bien 1,5 milliard d’euros mais en Chine.
Mais alors la désindustrialisation dont souffrent certains pays européens n’aurait rien à voir avec les initiatives de décarbonation?🧐
L’usine devait produire 300 000 tonnes/an de plastique à base de méthanol « vert », matière première pour fabriquer du polypropylène et du polyéthylène, deux plastiques de base servant à diverses applications.
Actuellement on produit le PP et le PE à partir de pétrole aka pétrochimie. En produire avec du méthanol est une alternative.
Comment produit-on du méthanol ?
Le méthanol est produit depuis (trop) longtemps à partir de gaz ou du charbon : méthanol-fossile. On peut en produire de façon moderne à partir de biomasse: c’est le biométhanol ou d’hydrogène qu’il faut conjuguer à du dioxyde de carbone: c’est du e-méthanol.
C’est la possibilité de trouver, en Chine, une installation de méthanol “vert” à proximité immédiate qui aurait poussé Vioneo à renoncer à son usine en Europe. Le coût en Belgique était plus important et l’approvisionnement plus difficile, selon l’entreprise.
C’est là que ça se complique d’un point de vue de la décarbonation :
- si la biomasse provient de la déforestation ça ne diminue pas les émissions de gaz à effet de serre et ça peut même être pire qu’utiliser du méthanol-fossile
- si l’hydrogène n’est pas produit par électrolyse (très gourmande en électricité) ET avec une électricité décarbonée, alors même conséquence, le bilan en termes de gaz à effet de serre est nul voire négatif
Donc méthanol “vert” en Chine on demande à voir 🤔
On récapitule
🌳 Pour la biomasse sans déforestation, celle-ci est en quantité limitée, beaucoup de secteurs en demandent, il n’y en a pas assez, ce n’est donc pas un process à passer à l’échelle
⚡ Pour le e-methanol la chaîne est longue:
Electricité (beaucoup)=> électrolyse de l’eau=> Hydrogène “vert”+ CO2 (capturé et transporté)=> e-methanol=>PP et PE
Chaque étape implique des acteurs différents, un marché spécifique, des coûts, des seuils de rentabilité…Si le moindre maillon de la chaîne est déficitaire, alors aucun acteur ne l’occupe. C’est par exemple le cas pour l'électrolyse: il y a des périodes d’électricité excédentaire (le prix de l'électricité devient négatif) mais elles sont trop rares pour assurer la rentabilité d'un électrolyseur.
Comment faire pour que tous les acteurs nécessaires trouvent une rentabilité qui rende leur investissement synchrone? Car c’est bien cela dont il s’agit quand on parle de développer une filière.
Alors la question qu’on se pose, c’est: est-ce que pour développer des filières complexes, il ne faudrait pas que les états et l’UE initient, organisent, financent, en un mot planifient ?
Qu’en pensent les bourgmestres d’Antwerpen ?
Annexe
Lire l'article du Soir : Chimie verte : le port d’Anvers perd un investissement de 1,5 milliard d’euros
Lire l'article connexe du site RTBF : Le recyclage belge – et européen – est-il en train de perdre la bataille du plastique ?
